300 milliards de dollars de valorisation effacés en une séance de Bourse. C’est ce qu’a provoqué, le 30 janvier, l’annonce par Anthropic de nouvelles fonctionnalités permettant à son système d’agents de réaliser des tâches administratives dans les domaines juridique, commercial, financier ou encore de la relation client. Salesforce, SAP, Oracle, Adobe, ServiceNow : tous ont chuté. Les valeurs « logiciels et services » du S&P 500 ont perdu 27 % depuis octobre 2025. Les marchés ont-ils raison de paniquer ? La réalité est plus nuancée, mais le séisme structurel est bien réel.
Stéphane Roder, CEO du cabinet de conseil en stratégie Data & IA AI Builders, formule le diagnostic sans détour : « Ça va tanguer pour les acteurs du logiciel. On découvre les capacités des agents, ces IA capables d’accomplir des tâches en se connectant à des outils. À un moment, ces services vont arriver dans le coeur des systèmes d’information des entreprises et bousculer ceux qui vendaient jusqu’ici des grands logiciels. » Il évoque concrètement la gestion de base des données d’achat, la vérification de paie, le traitement de dossiers clients avec vérification de clauses dans les assurances ou les mutuelles : autant de périmètres aujourd’hui couverts par des logiciels coûteux, demain potentiellement confiables à des agents.
Ce n’est pas une mort annoncée du logiciel d’entreprise, mais une renégociation profonde de son modèle économique. Le modèle de l’abonnement mensuel par employé utilisateur, qui a construit la prospérité du secteur depuis deux décennies, devient moins pertinent dès lors que des agents peuvent accomplir les mêmes tâches en étant facturés au forfait ou à l’acte. Stéphane Roder anticipe ce que pourrait signifier la bascule pour les directions informatiques : elles voudront garder certaines fonctions des grands logiciels, et en confier d’autres à des agents IA issus de fabricants externes ou produits en interne. Ce serait « la fin du logiciel monobloc et des confortables marges qui allaient avec. »
Pour autant, il tempère ce que certains analystes présentent comme un Armageddon. « Ce ne sera probablement pas le grand remplacement fantasmé par les marchés boursiers, mais il va y avoir une renégociation dans les deux années à venir. » En France, le monde du logiciel classique est particulièrement exposé : selon certaines estimations, 40 % des entreprises du secteur sont à risque, avec 30 à 80 % de leurs fonctionnalités potentiellement remplaçables par l’IA. La concentration et les acquisitions s’accélèrent, les rachats de SaaS ayant bondi de 26 % au troisième trimestre 2025.
Anticiper la renégociation plutôt que la subir : l’approche AI Builders
Pour les organisations clientes de ces logiciels, le moment de reprendre la main est maintenant. C’est précisément ce que nous observons chez nos clients lors de nos missions de Transformation des processus par l’IA et l’IA Agentique : les directions métiers qui posent dès aujourd’hui la question de la refonte de leurs processus, processus par processus, ont une longueur d’avance décisive sur celles qui attendent que leurs fournisseurs logiciels décident à leur place.
Notre approche, déployée en 3 à 6 semaines par processus pour la phase de trajectoire et en 4 à 6 semaines pour le cadrage opérationnel, permet d’identifier précisément quels processus sont éligibles à l’IA agentique, lesquels peuvent être partiellement augmentés et lesquels conservent leur valeur dans un logiciel classique. Elle produit un business case et un plan de déploiement concrets, directement opposables en COMEX. Les résultats chez nos clients sont documentés : 300 % de gain de productivité en achats, 55 % d’automatisation des appels téléconseillers, 700 % de productivité RH. Ce ne sont pas des projections : ce sont des missions menées depuis novembre 2024 sur des processus complexes, avec des agents déployés en production.
La « SAAS apocalypse » que les marchés redoutent sera surtout une opportunité pour les organisations qui auront su, avant leurs concurrents, cartographier ce qu’elles peuvent désormais faire sans leurs logiciels.
Retrouvez l’article rédigé par Vincent Fagot et Alexandre Piquard dans juste ici :